extraits

©22minutesici / Emmanuel Saada Tous droits réservés

Série de portraits vidéo 4K

Durée de chaque portrait : 22 minutes

Pour ce projet artistique qui s’inscrit dans le long terme, je propose à des anonymes de se tenir face à la caméra pendant un temps inhabituellement long et d'éprouver simplement ce que signifie pour chacun "être là", ici et maintenant. Sans parole. Sans justification.  

 

De cette rencontre d'une durée variable, je garde un fragment sans coupe de 22 minutes.

L’acte de présence au monde que ce travail induit m'interroge sur notre rapport au temps.

 

Dans un monde où chacun se définit avant-tout à travers ce qu'il fait, combien de temps accorde-t-on au sentiment d'être ? J'ai vécu comme un privilège de pouvoir regarder chaque personne aussi longuement sans qu'il soit nécessaire de parler pour communiquer et j'ai également senti à quel point cela pouvait être important pour chacun, "d'être regardé".

Nous passons si naturellement les uns à côté des autres sans nous porter la moindre attention, à passer plus ou moins volontairement inaperçus, alors qu'il est parfois si fondamental de regarder comme d'être regardé. Regarder quelqu'un c'est reconnaître son existence, c'est "prendre le risque" d'établir un contact direct, de créer un lien.

Regarder quelqu'un avec attention, l'observer respirer, percevoir ses variations d'humeur, les changements de teintes que sa peau génère au fil de ses émotions... Accueillir cet état de disponibilité, cet assouplissement progressif qui nous rend "perméable" aux vibrations que l'autre émet. Sentir. Se sentir peu à peu connecté, car semblable. Si fondamentalement humain. C'est peut-être s'autoriser à rayonner et percevoir en retour le rayonnement de l'autre.

 

Face à nous, l'autre, cet inconnu, se teinte peu à peu d'une présence moins anonyme, presque familière car finalement intime. Ainsi, l'autre devient "miroir" et dans le regard de cette présence singulière, une même humanité nous rappelle que nous sommes tous “l’autre de quelqu’un”.